Manifestations de 2022 en Iran

Pages pour les contributeurs déconnectés en savoir plus

Cet article concerne un événement en cours.

Ces informations peuvent manquer de recul, ne pas prendre en compte des développements récents ou changer à mesure que l’événement progresse. Le titre lui-même peut être provisoire. N’hésitez pas à l’améliorer en veillant à citer vos sources.
La dernière modification de cette page a été faite le 3 octobre 2022 à 00:02.

Les manifestations iraniennes de sont une série de manifestations en Iran qui commencent le après la mort de Mahsa Amini, décédée après avoir été détenue par la « police de la moralité » islamique d'Iran[2]. Les manifestations s'étendent dans les jours qui suivent dans plusieurs villes de la province du Kurdistan, dont la capitale Sanandadj, puis plus largement plusieurs des principes villes du pays, dont Téhéran et Machhad[3],[4].

Les manifestations se déclenchent à la suite de la mort de Mahsa Amine, jeune femme originaire du Kurdistan iranien, en voyage à Téhéran pour rendre visite à sa famille. Elle est arrêtée le par la police des mœurs pour « port de vêtements inappropriés » alors qu'elle était avec son frère à l'entrée d'une station de métro[5],[6].

Alors que la police indique à son frère qu'elle serait emmenée au centre de détention pour suivre un "cours d'information" et libérée dans une heure, elle est emmenée plusieurs heures plus tard à l'hôpital de Kasra en ambulance[7],[8]. Elle reste deux jours dans le coma à l'hôpital Kasra de Téhéran, pendant laquelle se produit une première manifestation contre la police de la moralité et la loi sur le hijab[9].

Elle décède dans l'unité de soins intensifs le [10]. À la suite de la mort de Mahsa Amini, des manifestations sont organisées pendant plusieurs jours, et coordonnées sur les réseaux sociaux, en utilisant notamment le hashtag #mahsa_amini ou مهسا امینی# en persan.

Mahsa Amini est enterrée le à Saqqez, sa ville natale, qui est alors le théâtre de rassemblements, ainsi qu'à Sanandadj, la capitale de la province iranienne du Kurdistan[11].

Des manifestations sont organisées à Sanandadj le 18 septembre, où plusieurs femmes enlèvent leur hijab en signe de protestation, ainsi que dans la capitale où des étudiants de l'Université de Téhéran défilent pancartes à la main[12], scandant notamment « Femme ! Vie ! Liberté ! »[13].

Le 19 septembre, l'accès à Internet mobile est coupé dans le centre de Téhéran. Selon des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, les manifestations se poursuivent dans le centre-ville de Téhéran, la ville septentrionale de Rasht, la ville centrale d'Ispahan, ainsi que sur le territoire kurde occidental[14]. Les manifestants scandent notamment « Mort au dictateur »[14]. Le même jour, trois manifestants sont tués par les forces de sécurité dans la province du Kurdistan[15], et un homme de 23 ans nommé Farjad Darvishi est aussi tué par la police alors qu'il manifestait dans la ville de Waliasr à Urmia, en Iran[16].

Le 20 septembre, des vidéos publiées sur les réseaux sociaux et recensés par Voice of America montrent des manifestations antigouvernementales dans au moins 16 des 31 provinces iraniennes, dont « Alborz, l'Azerbaïdjan oriental, le Fars, Gilan, le Golestan, Hormozgan, Ilam, Ispahan, Kerman, Kermanshah, le Kurdistan, Mazandaran, Qazvin, Razavi Khorasan, Téhéran et l'Azerbaïdjan occidental »[17]. Le même jour, les médias d'État iraniens rapportent la mort d'un assistant de police parmi les manifestants dans la ville méridionale de Chiraz[15]. Des femmes sont filmées en train de retirer leur hijab et de couper leur queue de cheval lors de manifestations. Certains témoins interrogés qualifient les manifestations de la journée de "manifestations éclairs" qui cherchaient à se former puis à se disperser rapidement avant que les forces de sécurité ne puissent intervenir[18].

Au soir du , le raccordement internet de l'Iran au reste du monde est très fortement perturbé, empêchant l'usage de sites comme WhatsApp et Instagram, qui permettent aux manifestants de se coordonner[19],[20],[21]. Au , au moins huit manifestants avaient été tués[22],[15].

Dans la journée du 22, deux journalistes travaillant pour la presse locale, Niloufar Hamedi et Yalta Moayeri, ainsi qu'un militant réformateur, Mohammad-Réza Jalaïpour, sont arrêtés par la police[23],[24]. La journaliste Elaheh Mohammadi, qui avait publié une interview du père de Mahsa Amini dans laquelle il réaffirmait que la police iranienne est responsable de la mort de sa fille, a également subi une perquisition et vu ses pièces d'identité et son matériel confisqués. Dans le même temps et malgré le prolongement du blocage d'Internet dans le pays, les manifestations continuent, notamment à Téhéran, où sont incendiés plusieurs commissariats et voitures de police mais aussi dans un plus grand nombre de villes de tailles moyennes et petites dans la plupart des 31 provinces d'Iran[25]. Toujours le 22, le nombre des morts parmi les manifestants atteint 22 personnes[26].

Le 23, les manifestations se poursuivent dans l'ensemble du pays. Certains médias rapportent au moins 30 personnes tuées parmi les manifestants, et il est confirmé que la police tire à balle réelle[27]. Des contremanifestations sont aussi organisées par le régime[28].

Le 24 septembre, d'importantes manifestations dans la ville contestée d'Ochnavieh se poursuivent, ainsi qu'à Chiraz et à Téhéran, notamment devant l'université de Téhéran[29]. Les Iraniens vivant à l'étranger défilent dans différentes villes du monde telles qu'Erbil, Berlin, Stuttgart et Melbourne pour soutenir le peuple iranien[30],[31],[32]. Le même jour, dans la province de Gilan, la police et les gardiens de la révolution iraniens arrêtent 739 personnes, dont au moins 60 femmes[33]. 88 armes à feu sont trouvées et confisquées dans la province du Khuzestan[34]. Les gardiens de la révolution procèdent à plusieurs arrestations à Kerman[35]. Le New York Times rapportent que les forces de sécurité « ouvrent le feu sur la foule » dans plusieurs villes et déclare : « Les vidéos mises en ligne et l'ampleur de la réponse des autorités sont difficiles à vérifier de manière indépendante, mais les vidéos et les photographies envoyées par des témoins connus au New York Times étaient globalement conformes aux images largement diffusées en ligne. »[36] Le Comité pour la protection des journalistes signale qu'au moins onze journalistes ont été arrêtés, dont Niloofar Hamedi, le journaliste qui avait à l'origine révélé l'histoire de Mahsa Amini[37].

Le 26 septembre, le bilan du nombre de mort passe à près de 76 personnes selon l'ONG Iran Human Rights, alors que le bilan officiel fait état de 41 morts[38]. Dans le même temps, les manifestations se poursuivent dans 30 des 31 provinces du pays, et le mouvement s'étend à plusieurs universités, qui décident d'arrêter les cours en exigeant la libération des étudiants arrêtés[39].

Le 27 septembre, les affrontements entre la police et les manifestants se poursuivent dans plusieurs villes. Ravina Shamdasani, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme, exhorte les dirigeants religieux iraniens à « respecter pleinement les droits à la liberté d'opinion, d'expression, de réunion pacifique et d'association ». Shamdasani ajoute que des rapports précisent que « des centaines de personnes ont également été arrêtées, dont des défenseurs des droits humains, des avocats, des militants de la société civile et au moins 18 journalistes »[40]. Le Conseil d'organisation des travailleurs contractuels du pétrole avertit le gouvernement que si la répression contre les manifestants se poursuit, il appellerait à la grève, une décision qui pourrait paralyser un secteur majeur de l'économie iranienne[41]. L'ONG Iran Human Rights confirme que les forces de sécurité tirent à balles réelles sur les manifestants. Dans le même temps, l'Iran rapporte l'arrestation de Faezeh Hachemi Rafsandjani, la fille d'Akbar Hachemi Rafsandjani, président de 1989 à 1997[42].

Le 28 septembre, Elaheh Mohammadi, journaliste qui avait couvert la mort et l'enterrement de Mahsa Amini, est arrêtée. La police anti-émeute est déployée sur les places principales de Téhéran visant à empêcher les manifestants de scander des slogan anti-régimes[43].

Le 30 septembre une nouvelle vague d'arrestation est déclenchée par le gouvernement iranien. Le chanteur iranien Shervin Hajipour (fa), qui avait publié sur Instagram une chanson de soutien au mouvement et ayant cumulé plus de 20 millions de vue en deux jours, est arrêté[44],[45]. Le décompte des morts atteint au moins 83 victimes[46]. Le président Ebrahim Raïssi, dans une intervention télévisée poursuit la stratégie d'absence totale d'ouverture envers les manifestants, qualifiant le mouvement de tentative par les gouvernements occidentaux de déstabiliser la République Islamique[46]. Le régime iranien indique avoir arrêté 9 ressortissants européens, dont au moins un Français, et les accuse d'avoir participé au mouvement de protestation[47].

Les manifestations se poursuivent le samedi 1er octobre en Iran, tandis que des manifestations de soutien sont organisées dans plusieurs grandes capitales européennes comme Londres, Paris, Rome ou Madrid[48].

Le dimanche 2 octobre, des manifestations à Paris et dans plusieurs capitales où la diaspora iranienne est importante, comme Toronto ou Los Angeles, rassemblent plusieurs milliers de personnes. Le décompte des manifestants tués en Iran atteint au moins 92 personnes[1], tandis que les forces de l'ordre affrontent violemment les étudiants de l'université Sharif à Téhéran et que des universités à Yazd, Kermanshah, Sanandaj, Chiraz and Mashhad prennent aussi part au mouvement[49].